Elle répète, répète : laisse tous ces livres et ta musique ; personne n’a jamais rien appris de la littérature, demies vérités et mensonges mal dissimulés, abandonne ces univers factices ; tous ces instruments qui hurlent dans les hauts-parleurs, ils te perceront le cœur comme une outre, sang égoutté en vain, ils te perdront la tête — répète, répète : le ciel est bleu comme un songe, on s’y adoucit les yeux des heures durant, nous nous aimons, laisse tout ça.
Ma mie marche, belle que j’aime, qui me fait me sentir dieu ou cancrelat, je la contemple et songe aux instants heureux, lorsqu’elle me sourit au réveil, pensant que je dors encore, quand nous baisons dans des bruits mous, bêtes si contentes de l’être, ou comme elle me frôle d’une caresse, peu sûre vraiment que j’existe ; et je songe aux conflits, à la dureté de cet échange d’intimité, à notre orgueil que nous ne pouvons taire sous peine d’être écrasé par celui de l’autre, aux multiples arrangements, compromis, compromissions ; et je songe au bonheur et je me dis que j’emmerde le bonheur, ses promesses illusoires.
Nos promenades finissent au port : l’océan, sa présence gigantesque — nous nous asseyons sur la rade. Une femme pleure des larmes de sable, elle pleure son ventre qui crache des fœtus morts, la mère du désert ; je prends de ce sable, le met dans une boîte de conserve rouillée et, musicien, saute et roule comme un possédé : je tue le désert d’insolence, je l’arrache à sa béatitude de disparition — j’essaie. Et qu’importe que j’y réussisse, si mon amour rit.
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