Ils nous dirent : « Avancez tout droit, ne craignez rien, par terre c’est du béton. » Le premier d’entre nous clopina un peu, mais se lassa vite de se griffer les jambes sur les ronces et de ...
Je naviguais autrefois sur l’océan. Parvenu, à bout de ressources, sur une plage ouatée de lune, pieds dans le sable, pris par une chappe coagulée de pétrole brut et d’algues, je regardai les ...
J’ai un beau cerisier au milieu de mon jardin. J’y ai suspendu des pochons de plastique, on le croirait fleuri de méduses. Je veux attraper le vent, l’enfermer dans ces sacs, qu’il ne nous ...
Je pars, je pars à la recherche de cet endroit, cet endroit où l’on accueille l’étranger à bras ouverts, on lui propose le gîte et le couvert et on discute tard dans la nuit, pour le plaisir, le ...
Sur l’hémisphère nocturne, quelque poète peut-être orientait sa méditation vers le suicide, ou des amants cherchaient en la profondeur du ciel la réponse à leur fièvre, des astronomes ...
Dans ma rue, il y a des gens qui roulent, qui roulent, et j’ignore où ils vont. Peut-être disparaissent-ils seulement, tout au bout, où les feux, comme ça, bêtement, transforment leurs signaux, ...
Des ailes tatouées, une sur chaque épaule, elles poussent, déchirent la chair, elles se déploient. On hurle « Non ! » — la douleur — on supplie « Oui, oui. » — fuir. On passe la fenêtre — chute — ...
Tu me crachais sur la Terre, dévastée, la terre ; pieds sur le chaos, ne fléchis pas, plonge mes yeux au cœur des cieux, ne fléchis pas ; les murs n’empêchent pas le regard, ne cassent pas ...
Le port après la pluie, les couleurs des bateaux brillent d’eau, les nuages se fragmentent sur un ciel qui vire au rose et au turquoise. La mer, la mer balance doucement — imaginer cette énorme ...
« Et celle-là, qu’en penses-tu ? — C’est un peu vieillot non ? — Tu crois ? Oh oui, tu as raison. » Un frou-frou de dentelles, son amie disparaît à nouveau. Cela dure depuis deux heures, elle ne ...
Gilbert Lazard, Cent un quatrains de libre pensée, Gallimard, 2002 : Ce pot de terre jadis fut un amant passionné Dont le cœur était captif des boucles d'une beauté, Et cette anse qu'aujourd'hui ...
Texte réalisé à l'occasion du festival Terminal Poésies de Marseilles-lès-Aubigny, sur le thème “Élans poétiques de la saga existentielle”, et dit par l'auteur (version audio, ici). Nous ...
La nuit, reine de pudeur, voile les décombres d'une journée ; les pavés se blotissent, fatigués d'être raclés par d'innombrables pieds. Le centre commercial a chié ses déchets, dans ces poubelles ...
Armée de manchots braillards pressés sur la banquise, nous avançons, qui poussant caddie, qui portant panier. L'endroit est-il du monde ; le temps, celui que l'on vit ? Bêtes dociles à la file, ...
Moulée dans un jean mal taillé, affublée d'un sweat difforme aux couleurs de l'entreprise, elle travaille sur ses plaques : des commandes, des sandwichs, des commandes, des sandwichs. L'odeur du ...
« Si, je te dis ! Il m'a regardée ! Je suis sûre qu'il m'a regardée ! » Elles déjeunent dans cette brasserie, discutent, encore, du beau garçon qui passe dans la rue quotidiennement, et qu'elles ...
J’ai entassé les livres dans le jardin et je les ai brûlés. Les bibliothèques ont suivi, je les ai couchées sur le dos : j'ai récupéré les cendres de mon autodafé, les ai mélangées à de la terre, ...
Nous jouions comme des enfants ; nous créions des montagnes russes, depuis la Lune elles entouraient la Terre, et nous les parcourions en bondissant. Il me poursuivait en chantant dans des champs ...
S’insinue, s’insinue en toi, bouge les reins, les reins. Son souffle, ta joue, son souffle, ta bouche. Pars, loin déjà, pars, bougeant les reins, pars en toi, souffle sur tes reins, souffle, en ...
Sur le tourniquet, tourniquet, sur le tourniquet, décor flou, les formes les couleurs mélangées, le réel se disperse, tête renversée, sur le tourniquet. Sur le tourniquet, elle rit, sur le ...
Que voulez-vous faire ? Vous entrez dans l’appartement, il y a cette odeur de pisse, de sueur rance, d’aliments pourris. Au fond du couloir, vous passez la porte : une chambre aux murs dégarnis, ...
La vieille est partie en congé. Après deux années à la surveiller, elle se fie à son employée. La jeune Marie rit de bonheur : les pétales volettent comme une neige végétale dans le magasin de ...
Les ressorts grincent, la toile se tend et se détend. Elles sautent, elle rient, sur le trampoline. L’une d’elles tente de rebondir sur les fesses, n’y parvient pas et reste sur le dos. L’autre, ...
Je le sais, on pourrit tous, je le sais comme toi, comme vous, enfermés, encerclés, convertis en esclaves volontaires, des métiers à foison, nous nourrissent, nous immergent dans la course : ...
J’ai reçu la visite de la petite Annie. Elle porte maintenant un anneau dans le nez. Lorsque je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu « Je me suis troué la narine en raccommodant une ...
Ronds, ils flottent ; derrière, le ciel augure d’avenirs radieux. Leurs bras se recroquevillent atrophiés, ils suffisent à tenir de bons cigares ; leurs jambes minuscules ne servent plus, ils se ...
C'est pas facile, c'est vrai. Il est obtus, parfois méchant et très jaloux. Quand il l'insulte, qu'il est trop saoul, elle pleure, ou elle le frappe, sinon elle hurle. Il leur arrive de ...
La balançoire grince, Sophie attend. Le feuillage crisse sur les cordes, elle attend son amoureux. Elle rêve, elle n'ignore plus les plaisirs de sa main, la séduction de son corps, elle connaît ...
J’ai tout jeté : plus de boulot ni de voiture, plus d’appartement, rien de rien. Je la suis comme un ahuri et c’est bien, c’est tellement bien. Elle est celle que j’aime, ensemble nous courons ...
Nous revenions de la guerre, la grande, celle qui nous avait saignés, petits sans prestige, plongés au cœur de la boue et de la mort, la sale mort. Nous marchions, hébétés, pas encore convaincus ...
Franck, dans son tacot, arrive à le pousser assez qu’à chaque virage il hésite : foncer dans le mur ou bien tourner ? La vie flotte en ces moments — puis les pneus crissent, des klaxons ...
Fin de journée : lassitude de tant de sourires, de tant d’arguments — séduction qui érode. Voici son hôtel, bacs de fleurs dans la zone industrielle ; on le salue amicalement — prérogative des ...
Je suis enceinte. Je ne devrais pas l’être. Que devient ma jeunesse ? et mon avenir ? On ne voudra plus de moi. Il faut que j’avorte. De toutes manières, je n’ai pas les moyens pour un enfant. Et ...
Elle promène son enfant, la poussette couine. Mon ami me murmure « Tu vois, elle, elle travaillait avec moi à l’usine. Pendant un an, nous avons mangé ensemble chaque midi à la cantine. Tout le ...
Les collines moutonnaient gentiment, coiffées d’herbes et de fleurs, d’arbres chargés de fruits au jus sucré. Des allées permettaient au promeneur de déambuler, on voyait des couples et leurs ...
Qu'aurais-je pleuré ? Gémir, et supplier, mais contre qui et puis pourquoi ? Ils ne se manifestent jamais ouvertement ; mais leurs murmures suintent des murs, les quolibets serpentent et ...
C’est la boue du terrain vague, les caravanes, le linge qui sèche sur un fil tendu entre deux branches. Il n’a pas été prévu d’aire d'accueil dans cette commune ; alors on se débrouille. Une ...
Pas le temps, pas le temps, ne lèveras plus jamais la tête, la machine, la machine te verrouille le crâne : tout tourne autour de toi et rien ne bouge, cables entremêlés, diodes et écrans ; tu ...
Il faut qu’il bouge, qu’il se lève, qu’il prenne un peu d’argent, qu’il ouvre la porte, qu’il descende les escaliers, oui, qu’il descende les escaliers, putains d’escaliers. Il faut qu’il y ...
Crie « Pas moi, pas moi ! », ses yeux exorbités, sa bouche, bouche ouverte, dents jaunes, les dents lâchent un hurlement, crie, crie « Pas moi, pas moi ! » Les poings, des montagnes, des poings, ...
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