Lika dansait, elle était belle et son teint foncé rehaussait le rose pâle de ses lèvres et l’incarnat de son sexe rasé. Lika dansait, chacune de ses postures était un mot et tous ces mots
s’assemblaient en une formule d’ensorcellement. Lika dansait, et sa piste se hérissait de têtes d’hommes qui gémissaient et l’embrassaient tandis qu’elle les piétinait. Lika dansait, quand l’un
de ces hommes soudainement la mordit, elle culbuta, et ces mâchoires avides, rendues furieuses, la déchiquetèrent, l’éparpillèrent.
Lika ne danse plus, Méli la remplace.
Elle enlève son manteau devant le portail, se révèle épilée, les passants s’attardent, on discute déjà. Elle ne se soucie pas d’eux mais se concentre sur sa tâche, car il y a du danger. Elle
s’approche du mur, le caresse du plat de la main, se colle à lui, chaud de soleil. Puis elle entame son ascension, ce corps menu aux muscles durs qui s’accroche à la moindre aspérité, roule sur
lui-même, s’écartèle à la recherche d’une prise — voilà ce qui lui plaît : la rugosité de la roche, l’effort et le risque de s’abattre. Elle s’élève et la sueur coule sur sa peau, les
gouttes s’en dispersent dans l’air. La voici sur le toit de la tour, celle surmontée d’un globe doré, elle s’y hisse, se dresse au sommet de l’église, en bas, la ville, et les voix, mais ces
voix, celles des badauds, celles des autorités, ne l’intéressent pas. Le vent, à cette hauteur, la décore de frissons et s’enroule autour d’elle, étoffe immatérielle ; elle sourit, elle est
belle.
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